REVUE SPIRITE JOURNAL D'ETUDES PSYCHOLOGIQUES - 1865

Allan Kardec

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Pour l'intelligence du fait principal dont il s'agit, nous extrayons le passage suivant de la lettre d'un de nos abonnés ; c'est en outre une simple et touchante expression des consolations que les affligés puisent dans le Spiritisme :
« Permettez-moi de vous dire combien le Spiritisme m'a procuré de soulagement en me donnant la certitude de revoir dans un monde meilleur un être que j'avais aimé d'un amour sans bornes, un frère chéri mort à la fleur de l'âge. Qu'elle est consolante cette pensée que celui dont nous pleurons la mort est souvent près de nous, nous soutenant lorsque nous sommes accablés sous le poids de la douleur, se réjouissant lorsque la foi dans l'avenir nous fait entrevoir une réunion certaine ! Initié depuis quelques années déjà aux admirables préceptes du Spiritisme, j'en avais accepté toutes les vérités, et m'étais efforcé de vivre ici-bas de manière à hâter mon avancement. Mes bonnes résolutions avaient été prises bien sincèrement, et cependant, je l'avoue, ne possédant pas les éléments nécessaires pour fortifier et entretenir ma croyance en la communication des Esprits, je m'étais habitué peu à peu, non pas à la rejeter, mais à l'envisager avec plus d'indifférence. C'est que le malheur m'était resté inconnu jusqu'alors. Aujourd'hui qu'il a plu à Dieu de m'envoyer une douloureuse épreuve, j'ai puisé dans le Spiritisme de précieuses consolations, et j'éprouve le besoin de vous en remercier tout particulièrement, comme le premier propagateur de cette sainte doctrine.

La doctrine du Spiritisme n'étant pas une simple hypothèse, mais s'appuyant sur des faits patents et à la portée de tout le monde, les consolations qu'elle procure consistent non seulement dans la certitude de revoir les personnes aimées, mais aussi, et surtout, dans la possibilité de correspondre avec elles et d'en obtenir de salutaires enseignements. »

Dans cette conviction, le frère vivant écrivit à son frère mort la lettre suivante dont il sollicita la réponse par l'entremise d'un médium :


N… 14 mars 1865.

Mon frère bien-aimé,

Il m'est impossible de te dire combien j'étais heureux en lisant la lettre que tu as bien voulu m'adresser par l'intermédiaire du médium de S… Je l'ai communiquée à nos pauvres parents que tu as bien affligés en nous quittant d'une manière si inattendue. Ils me demandent de t'écrire de nouveau, de te demander de nouveaux détails sur ton existence actuelle, afin de pouvoir croire, par des preuves qu'il te sera facile de donner, à la réalité de l'enseignement des Esprits. Mais, avant tout, rends-toi souvent auprès d'eux, inspire-leur la résignation et la foi dans l'avenir ; console-les, car ils en ont besoin, brisés qu'ils ont été par un coup si inattendu. Quant à moi, ô mon frère bien-aimé, je serai toujours heureux lorsqu'il te sera permis de me donner de tes nouvelles. Je viens te demander aujourd'hui de nouveaux détails sur ta maladie, ta mort et ton réveil dans le monde des Esprits. – Quels sont les Esprits qui sont venus te recevoir à ton entrée dans le monde invisible ? – As-tu revu notre grand-père ? Est-il heureux ? – As-tu revu et reconnu nos parents décédés avant toi, même ceux que tu n'avais pas connus sur cette terre ? – As-tu assisté à ton enterrement ? Quelle impression en as-tu ressentie ? Donne-moi, je t'en supplie, quelques détails sur cette triste cérémonie qui ne permettent pas à nos parents de douter de ton identité. Pourrais-tu me dire si quelque membre de notre famille pourra devenir médium ? Ne désirerais-tu pas te communiquer par l'intermédiaire de l'un de nous ? – Je ne puis comprendre que tu ne veuilles plus continuer tes études musicales que tu cultivais avec tant d'ardeur sur cette terre ; ce serait une bien douce consolation pour nous, si tu voulais terminer, par l'intermédiaire d'un médium, les psaumes que tu as commencé à mettre en musique à Paris. – Tu as pu constater le vide immense causé par ta mort dans le cœur de nous tous. Inspire, je t'en supplie, à tes parents, le courage nécessaire pour ne pas succomber sous cette terrible épreuve ; sois souvent avec eux et donne-leur souvent de tes nouvelles. Quant à moi, Dieu sait combien je t'ai pleuré ! Malgré ma croyance au Spiritisme, il y a des moments où je ne puis me faire à l'idée de ne plus te revoir sur cette terre, et où je donnerais ma vie pour pouvoir te serrer sur mon cœur. – Adieu, mon noble ami ; songe quelquefois à celui dont les pensées sont constamment dirigées vers toi, et qui fera son possible pour être jugé digne d'être réuni un jour à toi. – Je t'embrasse et te serre sur mon cœur.
Ton frère tout dévoué, B…


Nota. – Dans une précédente communication donnée aux parents par un autre médium, il avait été dit que le jeune homme ne voulait pas continuer ses études musicales dans le monde des Esprits.

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